Les exportations espagnoles de bovins vivants de plus de 300 kilos vers le Maroc ont enregistré un recul total entre janvier et juillet 2026. Selon les données provisoires de l’Agence espagnole de l’administration fiscale (AEAT), relayées le mercredi 14 octobre par l’Association agraire des jeunes agriculteurs (Asaja), aucun animal de cette catégorie n’a été expédié vers le marché marocain durant cette période, contre 36 316 têtes un an auparavant.
Cette interruption a lourdement pesé sur les ventes espagnoles à l’international. Les exportations totales de bovins vivants de plus de 300 kilos sont ainsi passées de 50 570 à 17 702 têtes en un an, soit une baisse de 65 %. Le Maroc représentait près de 72 % des débouchés espagnols pour cette catégorie au cours des sept premiers mois de 2025.
Le recul du marché marocain pèse sur les exportations espagnoles
La disparition des commandes marocaines constitue un facteur majeur de la contraction des exportations espagnoles de bovins lourds. Le volume d’animaux qui n’ont plus été expédiés vers le Maroc dépasse même la diminution nette enregistrée sur l’ensemble des marchés, certains autres pays ayant augmenté leurs achats.
Le Liban et l’Italie figurent désormais parmi les principales destinations des bovins espagnols de plus de 300 kilos. Entre janvier et juillet 2026, ils ont respectivement acheté 5 993 et 5 132 animaux, représentant ensemble près de 63 % des exportations espagnoles de cette catégorie sur la période.
L’Asaja estime toutefois que ces deux marchés ne suffisent pas à compenser la perte du débouché marocain. En juillet, les expéditions vers le Liban et l’Italie ont néanmoins progressé respectivement de 88 % et de 101 % par rapport au même mois de 2025.
Des incertitudes autour de la reprise des échanges
La contraction des ventes vers le Maroc s’accompagne de difficultés commerciales pour les éleveurs espagnols. Le quotidien El Debate a notamment évoqué la hausse des prix des bovins et les restrictions sanitaires liées à la dermatose nodulaire contagieuse, sans pour autant établir l’existence d’une interdiction générale des importations marocaines.
Anabel Casas, responsable du secteur bovin de l’Asaja dans la province espagnole de Huesca, considère que le débouché marocain reste fermé et pourrait le demeurer jusqu’à la fin de l’année. Elle a également signalé l’absence de visites d’acheteurs marocains dans les exploitations espagnoles, une étape habituellement préalable à la conclusion des transactions.
En l’absence de précisions supplémentaires sur les causes exactes de l’arrêt des expéditions, les données disponibles permettent surtout de constater l’ampleur de la contraction commerciale, sans établir l’existence d’une mesure générale de suspension des importations par les autorités marocaines.
La viande bovine espagnole continue de progresser au Maroc
La baisse des exportations de bovins vivants ne doit pas être confondue avec l’évolution des échanges de viande bovine. Ces deux catégories correspondent à des flux commerciaux distincts, et les données disponibles font état d’une progression des ventes de viande espagnole au Maroc ces dernières années.
Le 10 février, l’Organisation interprofessionnelle espagnole de la viande bovine (Provacuno) avait organisé à Casablanca une rencontre réunissant neuf entreprises espagnoles et plus de vingt importateurs et distributeurs marocains. À cette occasion, l’organisation avait souligné la progression des exportations de viande bovine espagnole vers le Royaume.
Les livraisons auraient dépassé 5 000 tonnes en 2025, soit une augmentation proche de 25 % par rapport à 2024. Cette dynamique avait notamment été rendue possible par l’autorisation accordée par les autorités marocaines, à la fin de 2024, aux importations de viande bovine fraîche en provenance d’Espagne.
Les exportations espagnoles de viande fraîche en hausse de 6,8 %
À l’échelle internationale, les exportations espagnoles de viande bovine fraîche ou réfrigérée ont atteint 115 660 tonnes entre janvier et juillet 2026, en progression de 6,8 % sur un an. Leur valeur s’est établie à 929,6 millions d’euros, soit environ 10,05 milliards de dirhams, en hausse de 14,9 %.
Le Portugal reste le premier marché de destination, avec 33 465 tonnes, devant l’Italie, qui a absorbé 22 188 tonnes, et l’Algérie, avec 16 883 tonnes. Les ventes vers le marché algérien ont augmenté de 32 % en juillet.
Le président de Provacuno, Raúl Sanz, avait mis en avant la progression des exportations vers l’Algérie lors de la signature d’un accord professionnel le 5 octobre, en soulignant l’intérêt manifesté pour les produits espagnols.
La viande congelée recule, les importations espagnoles progressent
Contrairement à la viande fraîche, les exportations espagnoles de viande bovine congelée ont diminué de 11 % entre janvier et juillet 2026, pour s’établir à 19 018 tonnes.
Sur la même période, les importations espagnoles de viande bovine fraîche ont atteint 73 241 tonnes, en hausse de 9 % pour le seul mois de juillet. Les principaux fournisseurs comprenaient les Pays-Bas, avec 17 411 tonnes, l’Italie avec 12 481 tonnes, la Pologne avec 9 960 tonnes et l’Allemagne avec 9 414 tonnes.
Les achats espagnols de viande congelée ont également reculé de 20 % sur les sept premiers mois de l’année, à 22 517 tonnes, dont 4 276 tonnes provenant du Brésil.
Ces évolutions illustrent des tendances contrastées sur le marché espagnol de la viande bovine. Pour les opérateurs marocains, l’évolution des échanges de bovins vivants avec l’Espagne constitue un indicateur à suivre, mais elle ne suffit pas à conclure à une baisse des approvisionnements en viande bovine.
