L’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena) identifie le Maroc comme un futur pôle industriel de l’hydrogène renouvelable, grâce à ses ressources solaires et éoliennes et à ses ambitions industrielles. Dans son rapport sur les perspectives mondiales de la transition énergétique, présenté le 13 octobre 2026, l’organisation met en avant les atouts du Royaume, tout en soulignant les défis liés au financement, aux infrastructures et au développement des capacités industrielles.
Le Maroc parmi les futurs pôles de l’hydrogène renouvelable
Dans son analyse, l’Irena estime que le Maroc dispose de conditions favorables pour développer une industrie autour de l’hydrogène renouvelable et des technologies associées à la transition énergétique. L’organisation met notamment en avant la combinaison entre les ressources renouvelables du Royaume et ses stratégies de développement industriel.
Cette appréciation s’appuie sur plusieurs références consacrées au potentiel marocain. Parmi elles figure une étude publiée en 2023 par la Société allemande de coopération internationale (GIZ), portant sur les perspectives de l’économie de l’hydrogène dans le pays.
Le rapport renvoie également à une publication d’Africa Energy Portal datant de 2025, qui faisait état de projets d’hydrogène vert approuvés au Maroc pour un montant annoncé de 32,5 milliards de dollars, soit environ 300,7 milliards de dirhams.
Ce montant correspond à des projets annoncés antérieurement. Il ne constitue pas une nouvelle enveloppe d’investissement dévoilée par l’Irena. Le rapport ne fournit pas non plus de nouvelles données propres au Maroc sur les capacités effectivement installées, les calendriers de production ou les contrats récemment conclus.
Au-delà de l’énergie, l’enjeu de la création de valeur industrielle
Pour l’Irena, le développement des énergies renouvelables ne se limite plus à l’installation de centrales solaires ou éoliennes. Il suppose également de disposer des capacités industrielles nécessaires à la fabrication, à l’installation, à l’exploitation et à la maintenance des équipements.
Cette dimension est déterminante pour les économies qui souhaitent tirer davantage de valeur de leurs ressources énergétiques. La production locale d’équipements, le développement de fournisseurs spécialisés et la formation de compétences techniques peuvent contribuer à renforcer les retombées économiques des investissements dans la transition énergétique.
Le Maroc est cité dans cette perspective aux côtés de l’Indonésie, dont la stratégie de transformation des minerais critiques illustre une autre forme de spécialisation industrielle.
L’enjeu pour le Royaume consiste ainsi à articuler le développement de ses ressources renouvelables avec des activités industrielles capables de générer des emplois qualifiés, de renforcer les compétences locales et de favoriser l’intégration du pays dans les chaînes de valeur internationales.
Les capacités renouvelables africaines appelées à progresser fortement
À l’échelle du continent africain, les projections de l’Irena mettent en évidence l’ampleur des investissements nécessaires pour inscrire le développement énergétique dans un scénario compatible avec un réchauffement limité à 1,5 °C.
Selon le rapport, la puissance renouvelable installée en Afrique, estimée à 82 gigawatts en 2025, devrait atteindre 607 gigawatts en 2035, puis 2 510 gigawatts en 2050.
Ces projections impliquent une multiplication par plus de sept des capacités renouvelables en dix ans, puis par environ trente sur l’ensemble de la période allant de 2025 à 2050.
La réalisation de ces objectifs dépendra notamment de la réduction du coût du financement, de la cohérence des politiques publiques et de l’extension des infrastructures électriques. Ces chiffres concernent l’ensemble du continent et ne constituent pas des objectifs spécifiques assignés au Maroc.
Pour la seule production d’électricité renouvelable en Afrique, les investissements cumulés nécessaires entre 2026 et 2050 sont estimés à 3 200 milliards de dollars, soit près de 29 600 milliards de dirhams. Cette enveloppe concerne principalement les capacités solaires, éoliennes et hydroélectriques envisagées dans le scénario de l’agence.
L’Afrique reste marginalisée dans les investissements mondiaux
Malgré les perspectives de développement, le continent africain demeure confronté à un accès limité aux capitaux consacrés à la transition énergétique.
Les investissements mondiaux dans les technologies liées à cette transition ont atteint 2 400 milliards de dollars en 2024, en hausse de 9 % sur un an. Toutefois, leur répartition reste fortement concentrée : la Chine et les économies avancées représentaient ensemble plus de 90 % des investissements consacrés au déploiement de ces technologies durant cette année.
L’Afrique n’a capté qu’une part inférieure à 1 % des investissements mondiaux au cours des dernières années, selon les données reprises dans le rapport. Pour les pays les moins avancés, cette proportion est descendue sous les 0,5 %.
Cette faiblesse des flux financiers constitue un frein au développement des infrastructures énergétiques et à l’émergence d’une industrie locale capable de répondre à la demande croissante en équipements et en technologies propres.
Financement, réseaux électriques et stabilité réglementaire
Pour réduire ces obstacles, l’Irena insiste sur plusieurs leviers, notamment la diminution du coût des emprunts, la stabilité des cadres réglementaires et l’amélioration de l’accès aux réseaux électriques.
L’organisation recommande également un recours accru aux prêts concessionnels, aux garanties et aux instruments de partage des risques, avec une mobilisation renforcée des banques multilatérales, des institutions publiques de financement et des organismes financiers nationaux.
Les besoins dépassent par ailleurs la seule production d’électricité. Le scénario climatique de l’agence prévoit environ 1 000 milliards de dollars d’investissements annuels dans les réseaux électriques mondiaux entre 2026 et 2035. À ces dépenses doivent s’ajouter celles consacrées au stockage de l’énergie, aux capacités renouvelables et à l’électrification des usages industriels.
Pour le Maroc, ces enjeux sont directement liés à la concrétisation de ses ambitions dans l’hydrogène renouvelable. Le potentiel énergétique constitue un atout, mais sa transformation en activité industrielle durable dépendra aussi de la disponibilité des financements, de l’accès aux infrastructures et de la capacité à développer des chaînes de valeur locales.
L’analyse de l’Irena souligne ainsi une distinction essentielle : disposer de ressources renouvelables abondantes ouvre des perspectives, mais la création d’un véritable pôle industriel exige des investissements concrétisés, des infrastructures adaptées et une stratégie de long terme.
