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Maroc : la croissance face au défi social

Le Maroc investit, se transforme et monte en gamme. Mais une question s’impose désormais avec davantage d’acuité : comment convertir cette accélération économique en emplois suffisamment nombreux, qualifiés et durables ?

Le paradoxe est là. Le pays dispose de moteurs de croissance de plus en plus diversifiés — industrie automobile, aéronautique, phosphates, tourisme, logistique, infrastructures et énergies renouvelables — tandis que le marché du travail reste marqué par une forte sous-utilisation de la main-d’œuvre.

Au deuxième trimestre 2026, le HCP recense 11,76 millions de personnes dans la main-d’œuvre. Le taux de chômage strict s’établit à 9,5%, tandis que le chômage des 15-24 ans atteint 27,2%. Surtout, la participation des femmes demeure très faible, à 18,1%. Ces données proviennent de la nouvelle Enquête sur la main-d’œuvre, dont les résultats ne sont pas directement comparables aux anciennes séries du HCP.

Le problème est donc moins celui de la seule croissance que celui de sa *capacité d’absorption* . Le FMI prévoit une progression du PIB de 4,4% en 2026, soutenue par l’agriculture et l’investissement dans les infrastructures. Mais l’institution considère la création d’emplois durables comme une priorité et pointe plusieurs freins structurels : dynamisme insuffisant du secteur privé, difficultés de financement des PME, inadéquation des compétences et obstacles à l’emploi féminin.

Cette équation devient déterminante à mesure que le Maroc engage de nouveaux investissements. Une infrastructure peut améliorer la productivité d’un territoire ; une usine peut renforcer les exportations ; un port peut accroître la compétitivité logistique. Mais l’effet économique devient plus profond lorsque ces investissements font émerger autour d’eux des fournisseurs, des PME, des services et des emplois qualifiés.

C’est ici que le secteur privé prend une importance particulière. Les grands groupes peuvent tirer les chaînes de valeur vers le haut, mais la création d’emplois à grande échelle dépend aussi de la capacité des petites et moyennes entreprises à accéder au financement, à investir, à formaliser leur activité et à franchir un cap de productivité. *La question n’est donc pas seulement de créer de nouveaux pôles industriels, mais de construire l’écosystème économique capable de les alimenter*.

C’est probablement là que se situe le prochain enjeu du modèle marocain : passer d’une logique d’investissement à une logique de diffusion de la valeur.

Le défi concerne particulièrement les jeunes. Le FMI relevait pour 2024 un chômage des 15-24 ans de 36,8%, avec un niveau encore plus élevé chez les jeunes femmes. L’institution souligne également le caractère structurel de cette difficulté d’insertion.

Le chantier est donc double. Il faut continuer à investir pour renforcer la compétitivité du pays, mais aussi permettre au tissu productif privé de grandir, d’embaucher et de monter en productivité. Le Plan national de l’emploi à l’horizon 2030 s’inscrit précisément dans cette équation.

« La prochaine étape du développement marocain ne se mesurera ainsi pas uniquement au nombre de milliards investis ni au rythme du PIB. Elle se mesurera à la capacité de l’économie à transformer ces investissements en mobilité sociale, en emplois et en nouvelles opportunités ».

C’est à cette condition que la croissance pourra devenir un véritable levier de transformation économique et sociale.

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