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Soufre : l’UM6P de Mostafa Terrab passe en mode industriel

Face à la flambée des prix et aux risques pesant sur les approvisionnements mondiaux, OCP accélère la recherche d’alternatives au soufre importé. Au cœur de cette stratégie, l’UM6P structure désormais une véritable plateforme technologique dédiée à une matière première devenue critique pour l’industrie des engrais.

Le soufre n’est plus seulement une ligne de coût dans l’équation industrielle d’OCP. Il est devenu un enjeu de sécurisation de la production. La forte tension observée sur les marchés mondiaux en 2026 a rappelé une réalité : sans soufre, pas d’acide sulfurique ; et sans acide sulfurique, pas de chaîne industrielle des engrais phosphatés.

Pour le groupe marocain, l’enjeu est donc moins de subir la volatilité du marché que de réduire progressivement son exposition à cette volatilité. C’est dans cette logique que l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) vient de créer le « Sulfur Excellence Center (SULFEX) », confié à Hamid Mazouz. Sa vocation est clairement industrielle : faire converger recherche, innovation et besoins opérationnels d’OCP autour du soufre.

Transformer une contrainte en ressource

La piste la plus stratégique se trouve peut-être déjà dans les installations du groupe : le phosphogypse.

Ce coproduit de la fabrication de l’acide phosphorique est généré en volumes considérables. Longtemps considéré principalement comme un enjeu de stockage et de gestion environnementale, il change progressivement de statut. Les travaux menés par l’UM6P ont permis de développer des procédés permettant d’en récupérer le soufre. Un procédé a notamment fait l’objet d’un brevet et doit désormais franchir les différentes étapes menant à l’échelle industrielle.

L’intérêt économique est double. Récupérer le soufre du phosphogypse permettrait à la fois de valoriser un coproduit industriel disponible au Maroc et de diminuer la dépendance à une matière première importée. L’objectif affiché par OCP est désormais d’aller vers une valorisation beaucoup plus large du phosphogypse, avec une montée en puissance progressive des pilotes jusqu’à la production à grande échelle.

Une réponse qui dépasse le seul phosphogypse

Le SULFEX ne mise toutefois pas sur une solution unique. Ses travaux portent également sur la récupération et le recyclage du soufre, la recherche de nouvelles sources au Maroc et en Afrique, l’optimisation des procédés industriels et l’exploration de voies de substitution.

Une autre piste est déjà identifiée : la pyrite, minerai contenant du soufre et du fer, dont des ressources existent au Maroc. OCP travaille sur la possibilité de récupérer localement le soufre à partir de pyrite et de pyrrhotite, avec une perspective annoncée à partir de 2027.

Cette diversification des sources traduit un changement de logique. Il ne s’agit plus uniquement de sécuriser des cargaisons supplémentaires, mais de construire progressivement un portefeuille de solutions permettant d’amortir les chocs extérieurs.

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L’université comme outil de compétitivité

La création du SULFEX illustre surtout la transformation du rôle de l’UM6P dans l’écosystème OCP. L’université n’est plus cantonnée à la recherche académique. Elle devient un instrument de passage entre la connaissance scientifique et l’industrie.

Le timing n’est pas anodin. Au premier semestre 2026, OCP a réalisé un chiffre d’affaires de 48,4 milliards de dirhams, en baisse de 7,3 % sur un an, tandis que son EBITDA a reculé de 28,5 %. La pression sur le soufre a pesé sur les coûts, dans un contexte où les prix de cette matière première ont fortement augmenté. Malgré cela, le groupe a maintenu une marge d’EBITDA de 28 %.

Dans ce contexte, chaque tonne de soufre récupérée localement peut progressivement prendre une dimension stratégique. Non seulement en termes de coût, mais aussi de continuité industrielle.

De la recherche à l’usine

Le véritable test commence maintenant. Une innovation de laboratoire ne devient un avantage industriel qu’à condition de démontrer sa fiabilité, sa capacité à changer d’échelle et surtout sa compétitivité économique.

C’est précisément le défi du nouveau dispositif OCP–UM6P : transformer plusieurs années de recherche en procédés industriels capables de fonctionner à grande échelle.

Le soufre aura ainsi joué un rôle de révélateur. Une matière première dont la disponibilité semblait acquise est devenue, en quelques mois, un facteur de vulnérabilité pour l’industrie mondiale des engrais. Pour OCP, la réponse se construit désormais moins dans les marchés internationaux que dans les laboratoires, les pilotes industriels et les ressources disponibles au Maroc.

L’enjeu pour l’UM6P est désormais clair : faire de la contrainte du soufre un accélérateur d’innovation industrielle. Pour OCP, il s’agit de transformer cette innovation en un nouveau levier de résilience.

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