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Kénitra : Gotion et Volkswagen construisent le maillon marocain de la batterie européenne

L’accord annoncé entre Gotion High-Tech et Volkswagen donne une nouvelle dimension au projet industriel de Kénitra. Avec une coentreprise dédiée aux matériaux de cathode LFP, le Maroc s’insère directement dans la chaîne d’approvisionnement des futures batteries européennes du constructeur allemand.

Kénitra change de dimension dans la carte mondiale de l’industrie des batteries. Gotion High-Tech et Volkswagen Group, à travers sa filiale PowerCo, ont annoncé le 28 septembre un approfondissement de leur partenariat stratégique avec la création de trois coentreprises en Espagne, en Slovaquie et au Maroc. Au cœur du dispositif : la constitution d’une chaîne régionale d’approvisionnement destinée au marché européen des batteries.

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Au Maroc, le projet porte sur la production de matériaux actifs de cathode destinés aux batteries LFP (lithium-fer-phosphate).

L’investissement annoncé atteint environ *480 millions d’euros, pour une capacité pouvant atteindre 100.000 tonnes par an. Gotion détiendra 51 % de la coentreprise, contre 49 % pour PowerCo. Les deux partenaires assureront conjointement sa gestion.

Cette opération est stratégique par sa position dans la chaîne de valeur. Le matériau de cathode constitue un composant essentiel de la cellule de batterie. La production prévue à Kénitra doit notamment alimenter les futures unités de fabrication de cellules LFP développées par Gotion et PowerCo en Espagne et en Slovaquie. Le site marocain prend ainsi place en amont de deux plateformes industrielles européennes.

Un triangle industriel Maroc–Espagne–Slovaquie

L’architecture annoncée par les trois partenaires dessine un véritable corridor industriel. « À Valence », en Espagne, Volkswagen et Gotion prévoient de développer un pôle européen de production de batteries LFP. « À Šurany », en Slovaquie, une coentreprise sera consacrée à la production de cellules. « À Kénitra », le Maroc accueillera la production des matériaux actifs de cathode.

Les deux projets européens représentent ensemble une capacité annoncée de « 37,5 GWh par an », avec 29,1 GWh prévus à Valence et 8,4 GWh à Šurany. Les cellules produites sur ces deux sites doivent prioritairement répondre aux besoins de Volkswagen en Europe.

Le schéma est révélateur de l’évolution de la stratégie industrielle européenne : sécuriser les approvisionnements, rapprocher les différentes étapes de production et construire une chaîne de valeur régionale de la batterie. Dans cette architecture, Kénitra n’est pas un site isolé. Il constitue le premier maillon industriel de la chaîne en amont des cellules.

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Volkswagen entre directement dans l’équation marocaine

La nouveauté tient également à la structure capitalistique. Volkswagen était déjà un partenaire stratégique de Gotion depuis plusieurs années. Le nouvel accord fait entrer directement PowerCo au capital de la future coentreprise marocaine à hauteur de 49 %. PowerCo prévoit de consacrer environ « 470 millions d’euros d’ici 2030 » aux sites de Kénitra et de Šurany afin d’acquérir cette participation.

Pour le Maroc, cette évolution donne une profondeur supplémentaire au projet Gotion. Le pays ne se contente plus d’accueillir une implantation industrielle destinée à produire des batteries : il devient un élément d’une chaîne conçue pour alimenter directement le développement de la mobilité électrique en Europe.

Cette articulation s’inscrit dans un mouvement plus large de localisation progressive des chaînes de valeur. Pour les constructeurs européens, la question n’est plus seulement de disposer de capacités de production de véhicules électriques, mais de sécuriser les composants stratégiques qui se trouvent en amont : matériaux actifs, cellules et systèmes de stockage.

Kénitra, plateforme industrielle en construction

Le nouveau projet doit également être replacé dans le développement déjà engagé par Gotion au Maroc. Le groupe chinois construit depuis 2025 un important complexe industriel dans la région de Kénitra, présenté comme un projet structurant pour la filière des batteries. La nouvelle coentreprise consacrée aux cathodes vient donc ajouter un maillon à un écosystème industriel déjà en développement.

Le choix de Kénitra répond aussi à une logique de proximité industrielle et logistique. Le site est intégré à une région qui concentre progressivement des activités automobiles, des infrastructures logistiques et des plateformes industrielles tournées vers l’export.

L’enjeu dépasse dès lors le seul montant de l’investissement. Avec Gotion et désormais PowerCo, Kénitra se retrouve connectée à une chaîne industrielle qui relie le Maroc aux grands pôles européens de la batterie.

Le Maroc dans la nouvelle géographie automobile

L’accord du 28 septembre apporte surtout un enseignement sur la transformation du positionnement industriel du Royaume. Le Maroc s’était d’abord imposé comme plateforme de production automobile et d’exportation. L’arrivée de projets liés aux batteries élargit progressivement cette base vers des composants à plus forte intensité technologique.

Avec Kénitra, le pays cherche ainsi à remonter la chaîne de valeur : des véhicules et composants automobiles vers les technologies nécessaires à leur électrification.

La prochaine étape sera désormais celle de l’exécution. L’accord reste soumis aux autorisations réglementaires et aux conditions habituelles de finalisation, notamment à l’approbation des actionnaires de Gotion. Mais la logique industrielle est déjà clairement dessinée : Kénitra doit produire une partie des matériaux qui alimenteront les batteries fabriquées en Europe.

Pour le Maroc, le véritable enjeu de Gotion–Volkswagen se situe donc moins dans l’effet d’annonce que dans cette nouvelle connexion entre une plateforme industrielle marocaine et une chaîne européenne de la mobilité électrique.

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