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Charbon russe : le Maroc ciblé parmi les marchés africains

La Russie a inscrit le Maroc parmi les marchés africains qu’elle souhaite développer pour ses exportations de charbon à l’horizon 2050. Cette orientation figure dans un programme charbonnier approuvé par le gouvernement russe, qui prévoit une réorganisation des débouchés internationaux vers l’Asie-Pacifique, le Moyen-Orient et l’Afrique.

Dans son programme, Moscou évoque explicitement le potentiel de la demande africaine pour accroître les livraisons de charbon russe sur les marchés intérieurs du continent. Le Maroc, le Bénin, le Sénégal et le Togo sont cités parmi les marchés visés.

Le document ne fournit toutefois aucun élément spécifique concernant le Maroc. Aucun volume d’exportation, prix, contrat, fournisseur ou calendrier de livraison n’est précisé à ce stade.

Moscou cherche de nouveaux débouchés

Selon les données reprises dans le programme russe, les exportations de charbon du pays ont atteint 197,6 millions de tonnes en 2024, contre 156,3 millions de tonnes en 2015. Le record avait été établi en 2021, avec 223,3 millions de tonnes exportées.

La géographie des exportations russes s’est profondément transformée au cours de cette période. La part des livraisons destinées aux pays de la région Asie-Pacifique est passée de 39,5% en 2015 à 79,3% en 2024, tandis que celle destinée aux marchés atlantiques a reculé de 60,5% à 20,7%.

Cette réorientation s’est notamment accélérée après l’entrée en vigueur, le 10 août 2022, de l’embargo de l’Union européenne sur le charbon russe. Moscou indique avoir depuis renforcé ses flux vers des marchés qu’il considère comme prioritaires, principalement en Asie-Pacifique, au Moyen-Orient et en Afrique.

La Chine reste le principal débouché

En 2024, la Chine représentait près de la moitié des exportations russes de charbon. Avec l’Inde et la Turquie, ces trois marchés concentraient 68,8% des volumes exportés.

Le programme russe prévoit désormais de poursuivre cette diversification géographique afin de limiter la dépendance à certains marchés et de soutenir les volumes d’exportation à long terme.

Pour l’Afrique, Moscou entend notamment exploiter le potentiel de la demande intérieure de plusieurs pays. Le Maroc apparaît ainsi dans une liste comprenant également le Bénin, le Sénégal et le Togo, sans qu’aucun engagement commercial précis ne soit encore annoncé.

Moscou vise jusqu’à 27% du commerce mondial

La Russie ambitionne également d’accroître sa part dans le commerce mondial du charbon. Celle-ci était estimée à 14,5% en 2023. Le programme prévoit de la porter à 21%-23% en 2036, puis à 24%-27% à l’horizon 2050.

Ces objectifs sont toutefois conditionnés à un scénario favorable, reposant notamment sur une demande mondiale stable ou croissante, des prix favorables et un assouplissement des restrictions commerciales visant le charbon russe.

Le programme prévoit parallèlement un scénario moins favorable, marqué par une baisse de la demande mondiale, un recul des prix et le maintien, voire le renforcement, des sanctions et restrictions commerciales.

Un secteur russe sous pression financière

La recherche de nouveaux marchés intervient alors que l’industrie charbonnière russe traverse une période financière difficile.

Le gouvernement russe estime à 408 milliards de roubles la perte nette cumulée du secteur en 2025, contre 112,6 milliards un an auparavant. La proportion d’entreprises bénéficiaires est également passée de 46,7% en 2024 à 33,9% en 2025.

Dans le même temps, l’encours des crédits et emprunts du secteur a atteint environ 1.500 milliards de roubles. Depuis 2025, les autorités russes ont mis en place plusieurs mesures destinées à soutenir la trésorerie des producteurs, notamment à travers des reports de certains impôts, cotisations sociales et autres paiements.

Des infrastructures adaptées aux nouveaux marchés

L’ouverture de nouveaux débouchés s’accompagne d’une réorganisation de la logistique russe. Le programme prévoit le maintien et l’augmentation des capacités portuaires afin de faciliter les exportations vers l’Asie-Pacifique, le Moyen-Orient et l’Afrique.

Moscou envisage également une adaptation du réseau ferroviaire et des mécanismes tarifaires sur le long terme pour accompagner ces nouveaux flux commerciaux.

La Russie prévoit enfin de développer des feuilles de route de coopération dans le secteur charbonnier avec différents pays consommateurs potentiels, notamment parmi les membres des Brics.

Pour le Maroc, l’inscription dans ce programme constitue donc à ce stade une orientation stratégique russe et non l’annonce d’un accord commercial. La concrétisation de cette perspective dépendrait de futurs échanges entre les acteurs concernés et de l’évolution de la demande sur le marché marocain.

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