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Maroc-Irak : une piste pour sécuriser les approvisionnements en soufre

Le Maroc et l’Irak pourraient renforcer leur coopération dans le domaine des matières premières destinées à l’industrie des phosphates. À New York, le ministre irakien des Affaires étrangères, Fouad Hussein, et son homologue marocain, Nasser Bourita, ont évoqué la possibilité d’exporter du soufre irakien vers le Maroc, sans toutefois annoncer à ce stade de volume, de prix ou de calendrier.

L’information, rendue publique jeudi 24 septembre par le ministère irakien des Affaires étrangères, intervient dans un contexte de forte hausse de la facture marocaine d’importation de soufre, une matière première essentielle à la production d’acide sulfurique et, par conséquent, à la transformation du phosphate en acide phosphorique et en engrais.

Une facture de soufre en forte hausse

Selon les données de l’Office des changes, les importations marocaines de soufre ont atteint 20,2 milliards de dirhams durant les sept premiers mois de 2026, contre 7,8 milliards sur la même période de 2025, soit une progression de 159 %.

Cette envolée intervient alors que les exportations marocaines de phosphates et de leurs dérivés se sont établies à 50,95 milliards de dirhams sur les sept premiers mois de l’année, en baisse de 7,8 % sur un an.

Le soufre constitue un intrant stratégique pour l’industrie phosphatière. Il est notamment utilisé dans la production d’acide sulfurique, lui-même indispensable à la fabrication d’acide phosphorique et de nombreux engrais phosphatés.

La hausse des cours internationaux s’est donc directement répercutée sur les coûts de production de l’industrie des phosphates.

Le Maroc cherche à diversifier ses fournisseurs

Le Maroc figurait en 2025 parmi les principaux importateurs mondiaux de soufre, avec 6,68 millions de tonnes achetées. Les Émirats arabes unis représentaient alors environ 2,34 millions de tonnes, soit près d’un tiers des volumes importés, tandis que l’Arabie saoudite fournissait environ 800.000 tonnes.

Les tensions sur l’offre et l’évolution des prix ont toutefois profondément modifié la facture d’approvisionnement.

En juin 2026, la valeur unitaire moyenne payée par le Maroc dépassait 750 dollars la tonne, contre environ 360 dollars en janvier et moins de 150 dollars en janvier 2025.

Dans ce contexte, l’ouverture d’une nouvelle source d’approvisionnement irakienne pourrait permettre au Maroc d’élargir davantage son réseau de fournisseurs, même si aucune opération commerciale ferme n’a encore été annoncée.

L’Irak commence à exporter son soufre

L’intérêt pour l’offre irakienne intervient alors que Bagdad vient précisément de commencer à développer ses exportations de soufre.

La Société irakienne de commercialisation du pétrole (SOMO) avait annoncé en mai sa première opération d’exportation de soufre. L’entreprise publique avait alors indiqué que les stocks disponibles et la production courante avaient été attribués par contrat à des sociétés répondant aux exigences financières et techniques.

D’autres volumes sont également issus du traitement des hydrocarbures. En août, la Compagnie pétrolière de Missan a annoncé la commercialisation de 440 tonnes de soufre produites dans l’unité centrale de traitement du gaz du champ de Halfaya, avant leur remise à SOMO pour exportation.

Ces opérations montrent que l’Irak dispose désormais d’une offre exportable, mais les modalités d’un éventuel approvisionnement du marché marocain restent encore à définir.

La question du transport reste déterminante

Pour le Maroc, l’un des principaux enjeux concernera la logistique.

Un acheminement maritime depuis Oumm Qasr, principal port irakien du Golfe, implique une sortie par le détroit d’Ormuz avant de rejoindre les routes maritimes vers le Maroc.

Une autre possibilité consisterait à acheminer le soufre par voie terrestre jusqu’à des ports de la Méditerranée orientale. L’Irak a déjà utilisé ce type de corridor pour transporter par route du fioul vers la Syrie, avant son chargement à Baniyas à destination de marchés européens.

Un opérateur privé irakien, Awsemat Al-Salam, avait affirmé en juillet que du soufre irakien était acheminé vers le Maroc via le port syrien de Tartous et évoqué une capacité de 25.000 à 50.000 tonnes par mois.

Cette déclaration commerciale n’a cependant pas été confirmée par SOMO, les autorités marocaines ou OCP. Le communiqué irakien du 24 septembre ne précise de son côté ni le vendeur, ni l’acheteur, ni le volume envisagé ou l’itinéraire qui serait retenu.

OCP adapte sa stratégie face à la hausse des prix

Le groupe OCP avait anticipé une partie de la flambée des prix grâce aux stocks constitués avant la forte hausse du marché.

Dans ses résultats du premier trimestre, le groupe avait indiqué que ses stocks de soufre lui assuraient une couverture jusqu’à fin juillet 2026. OCP avait également renforcé la production de triple superphosphate (TSP), dont la fabrication nécessite moins de soufre par tonne d’élément fertilisant que celle du phosphate diammonique (DAP) ou du phosphate monoammonique (MAP).

Les exportations marocaines de TSP ont atteint 1,76 million de tonnes de P₂O₅ au premier semestre, un niveau record selon les données communiquées.

De nouvelles sources d’approvisionnement recherchées

Le Maroc a parallèlement poursuivi la diversification géographique de ses achats de soufre.

Le Kazakhstan est devenu son principal fournisseur depuis 2024. Des cargaisons en provenance du Turkménistan représentaient environ 5 % des importations à partir de mars 2026, tandis que le Canada a fourni environ 20 % des volumes importés en juin, avec une valeur unitaire proche de 1.000 dollars la tonne.

Le Royaume cherche également à renforcer progressivement ses capacités nationales de valorisation des ressources pouvant contribuer à l’approvisionnement en soufre.

Deux nouveaux brûleurs de soufre ont été mis en service à Jorf Lasfar en 2024 et 2025. Par ailleurs, OCP et Managem préparent pour 2027 une augmentation des capacités marocaines de traitement de pyrite et de pyrrhotite, qui pourraient contribuer à diversifier les sources de soufre disponibles pour l’industrie.

Dans ce contexte, l’option irakienne constitue une piste supplémentaire pour le Maroc. À ce stade, toutefois, les discussions évoquées à New York ne se sont pas encore traduites par l’annonce d’un contrat, d’un volume garanti ou d’un engagement financier.

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